La vie avec un enfant autiste ne se ressemble pas d'une journée à l'autre. Parfois, on dirait que fiston est bi-polaire plutôt qu'autiste. La rapidité avec laquelle il peut passer de content à colérique voir désemparé de la vie est disons impressionnante.
Dans notre situation, nous ne pouvons tout simplement pas se dire qu'aujourd'hui sera une bonne journée. Oui nous en avons, mais disons qu'habituellement ce qui semble être une bonne journée devient très souvent explosive au point que nous n'arrivons tout simplement plus à rentrer en relation avec fiston. Lui qui a une facilité à dire bonjour et sourire (attention, exclusivement les gens qu'il connait bien...), peut devenir aussi fermé qu'une huitre.
Depuis 2 semaines, au Crdi, coco veut dormir. Pourtant, avec l'ajustement de médication, il ne se réveille plus que 2-3 fois par nuit ( pour nous c’est super, lui qui se lève à chaque heure depuis quelques mois). Ici, à la maison, il arrive très souvent qu'il ne veut rien faire. Il reste assis devant le téléviseur (ben oui la fameuse télévision...il a quand même commencé à débloquer côté langage depuis qu'il écoute BébéTV), ne mange plus et souvent, il ne parvient pas à répondre à de simples questions. Il va répéter, s'en aller ou dire quelque chose qui est hors contexte.
Depuis 2 semaines, certains trucs que nous avions gagné (par exemple tolérer de toucher certaines substances) ont tout simplement disparu. Zak ne tolère rien sur ses mains. Aucune saleté, même pas l'eau. Aucun vêtement sur son corps. Ça lui fait mal. Le lavage de dents est une torture digne d'Hitler et chaque activité doit se faire dans un ordre précis, d'une manièere X sinon monsieur se referme. Lui qui est habituellement hyposensible de la douleur, nous cri bobo lorsqu'on l'habille. Si on ne lui lave pas tout de suite les mains, il vient en panique. Mais comme il ne veut pas d'eau, la tâche est disons un peu ardue...
Depuis 2 semaines, les rigidités sont telles qu'il n'est pas à son plein potentiel de fonctionnalité. S'il parvient à passer par dessus sa rigidité, il en est malade ou n'a tout simplement aucun plaisir. Ses rigidités sont comme une prison pour lui mais pour nous aussi. On se doit 1 fois par semaine diner chez papi et mami après sa stimulation. Je ne sais pas comment il fait, mais il semble savoir qu'il va 4 fois au CRDI. Si nous n'allons pas manger chez papi et mami, le vendredi, dès que je vais aller le chercher, il va me dire: ''manger papi''. Il va répéter tant et aussi longtemps que je ne dirai pas que c'est cela que l'on fait. Si on y va le mardi, bien je n'entendrai plus de la semaine parler de diner chez papi et mami. Il le sait, c'est sa routine/rigidité. Il boit dans un ordre précis de couleur ses biberons. Ça m'aura pris plus de 6 mois à m'en rendre compte. J'ai cliqué cette semaine quand il a littéralement garoché son biberon en arrière de ma tête et un autre sur la voiture du voisin. Au bout de ses bras les biberons ont volé et éclaté comme sa colère. Note à moi-même: MAUVE-BLEU-VERT!
Il lui faut 3 doudous pour dormir. Une sur lui, une sur sa tête, une qu'il tient. Il en manque une, il ne dormira pas et gémira jusqu'à l'avoir. Fiston ne porte que les 3 même chandails. Là je commence à sentir le trouble parce qu'après 7 mois, ça commence à être usé ces chandails là! Même chose avec son pantalon, que les jeans bleus pâles style menuisier. L'alimentation est elle aussi de plus en plus difficile: que des pommes ou des fraises, que du lait ou du jus. Si la pomme est coupée et surtout si elle n'est pas verte il n'y touchera pas. Il mange même sa pomme dans un sens précis. S'il n'a pas croqué la pomme en haut de la queue, il voudra la changer coûte que coûte. On s'habille dans le même ordre: BAS-COUCHE-PANTALON-CHANDAIL. Si on fait l'inverse on est bon pour un va tout nu.
Je pourrais parler des régressions, mais je ne le ferai pas. Les régressions vont avec ses changements de comportements, sa bulle plus présente (les exemples nommés plus haut ne sont qu'une infime partie de toute ça...). Il semblerait que les régressions accompagnées de l'augmentation des tics, stéréotypies, maniérismes sont le début du tunnel à une belle progression. Ici ça presque toujours été le cas. Cette fois-ci surement aussi. Par contre, c'est à savoir s'il a mis toutes ses énergies à être un peu plus communicatif en laissant le reste ''empiré'', est-ce parce qu'il nous prépare une belle victoire ou bien qu'il y a quelque chose qui cloche et que nous, supers détectives, nous devons trouver ce petit élément déclancheur.
Ma première piste me mène malheureusement vers une explication de santé. Zak traîne un rhume depuis 2 mois. Une conjonctivite depuis 3 semaines. Son reflux gastro-oesophagien semble non contrôlé. Je trouve des ronds de bile/vomis rosé sur son piqué le matin au réveil. Il est fatigué. Ses fesses sont un champ de bataille d'infections fongiques qui ne partent pas ( en lien avec son problème de sang qu'ils nous ont dit...) On lui a donné des petits congés, mais ce n'est pas assez. L'immunologue et le gastroentérologue pourront surement mieux nous éclairer cette semaine.
En attendant, chaque jour actuellement est une montagne russe. Il peut tellement être de bonne humeur comme lorsque nous sommes allés pic-niker au Centre de la nature et qu'il essayait d'attraper les mouettes ou les nourrir. Bien oui c'est interdit, mais ça le rendait tellement heureux qu'on a laisser faire le règlement...Ça c'est comme l'envie de papa de pêcher à main nue un giga poisson juste pour le montrer à la matraque. On passe par dessus bien des choses avec un enfant différent juste pour obtenir son bonheur, son sourire (comme on le fait avec la fratrie pour éviter qu'elle s'en ressente...). Heureux juste parce que je lui ai mis 2 pouces d'eau dans sa petite piscine aujourd'hui. Tout frétillant parce que je lui demande de me donner un bisou et que je lui dis bravo. Pleins de montagnes hautes comme celles là. Pis y'a la descente. Il peut aussi bien pendant qu'il joue à me manger comme un poisson le ferait, décider de me mordre par pulsion, par besoin. Décider de tout lancer parce qu'incapable de gérer son mal être de l'instant. Décider de nous donner un coup de poing par pulsion, par besoin. Pleurer toutes les larmes de son corps parce que tel matin j'ai oublié de lui donner tel couleur de biberon. Un truc anodin, qui m'empêchera de l'installer dans la voiture, de me faire manger pleins de trucs par la tête pendant le trajet (maintenant on traîne plus rien à l'exception de ses 2 éléments de transition: doudou et une auto. L'expérience rentre comme on dirait!). Nous sommes parfois même pas capable de lui tenir la main comme si on était de l'acide.
Bref, la vie avec un enfant autiste c'est une surprise. Parfois on reçoit un million, d'autres fois, on reçoit la bébelle laite de l’échange de Noël de l'année précédente de tante Gertrude... On se forge une carapace. On apprend à rester calme. On apprend à ''sacrer'' dans sa tête parce qu'on le comprend pas cet enfant et que notre citron est pressée depuis de trop longues heures (bien oui, c'est humain). On apprend à se tempérer et à croire que demain est un meilleur jour. On apprend à accepter qu'on a nos limites puis que cet enfant est bien plus malheureux que nous de cette situation, du moins ce qu'il comprend et peut gérer. On apprend à être parent à la manière dure, mais on apprend à être les meilleurs parents pour notre enfant. Puis aussi bête que cela peut sembler, on apprend surtout à aimer comme si c'était ça la ''normalité''...