Voici un beau texte de Mylène Vignault-Mères et Monde parallèle que j'ai pu lire sur le site de Yoopa http://www.yoopa.ca//blogueurs/billet/meres-et-monde-parallele/ . Je vais oser dire que je l'élargirait à certains pères également, car il faut se rappeler qu'il y a certains papas qui vivent cette réalité à une aussi grand échelle que la maman. Peut-être que je l'ai déjà posté, mais moi je l'ai redécouvert ce matin et ça me disait de vous le repartager.
Vous les rencontrez un peu partout.
Au marché, dans le métro, chez le médecin…
Parfois, vous assistez aux crises de leurs enfants au parc ou au supermarché.
Vous les trouvez très patientes ou trop peu.
Quand vous les regardez de près, vous trouvez peut-être qu’elles sont particulièrement cernées, essoufflées.
À certains moments, vous vous faites la réflexion qu’elles ont le dos un peu courbé.
Pas toujours facile, d’être une maman.
Vous comprenez, la plupart du temps.
Malgré tout, il peut vous arriver de vous demander pourquoi elles
s’absentent si souvent du travail? Pourquoi elles ne font pas de
bénévolat à l’école? Pourquoi, il y a cette lueur dans leur regard qui
semble parfois plongé vers un ailleurs, un invisible…
Si vous les connaissez un peu intimement, vous êtes peut-être parfois
irrité de les entendre parler si souvent des mêmes sujets. De vous
expliquer le pourquoi du comment et le peut-être au sujet du
comportement de leur enfant.
Ces femmes, qui sont des parents comme vous, vous laissent un peu interrogatifs.
Pourquoi sont-elles si souvent fatiguées?
Pourquoi vous semblent-elles si souvent désorganisées?
Pourquoi sont-elles éventuellement en dépression, en processus de séparation?
Qu’est-ce qui est si différent chez elles?
Ce sont des mères presque comme les autres.
Des mères d’enfants différents.
Elles vous ressemblent beaucoup. Elles ont porté un enfant,
souhaitant le plus beau des avenirs pour lui. Elles ont mangé des
légumes frais, bu du lait, passé des échographies, évité l’alcool, lu
des bouquins…
Elles ont mis leur bébé au monde et puis un jour, rapidement ou sur
le tard, une petite alarme a sonné et il leur a fallu partir à la chasse
au diagnostic.
C’est là qu’elles ont commencé à se différencier de vous.
Oh! Tout comme vous, elles ont continué de faire de leur mieux,
concoctant des purées, stimulant l’apprentissage de la marche et du
langage. Craquant devant de belles bottines et achetant trop de
peluches. Elles ont continué d’aimer leur enfant de toute leur âme,
comme vous.
La différence, c’est qu’elles ont dû ouvrir la porte d’un monde
parallèle et franchir le seuil que tous ne doivent pas franchir. Elles
ont découvert ce « ailleurs » vers lequel leur regard se tourne parfois
et les rend « lunatiques ».
Depuis ce jour-là, elles vivent une expédition quotidienne, une aventure qu’aucun agent de voyage ne met en vitrine.
La vie avec un enfant différent. La vie d’une mère d’enfant différent.
Dyspraxie, dysphasie, Asperger, TED, dysgnosie, dysfonction
non-verbale, trouble attentionnel, dysmnésie, paralysie… Les différences
sont trop nombreuses pour êtres toutes énumérées…
Peut importe la différence, le handicap, le défi de l’enfant. Ces
mères se sont vu un jour remettre la clef de ce monde parallèle avec un
choix tout simple :
« Tu t’impliques à fond pour trouver les meilleurs outils pour ton enfant »
ou
« Tu ne t’impliques pas et tu lui fermes presque toutes les portes »
Alors elles ont pris la clef et elles ont foncé.
Que faire d’autre?
Depuis, elles accumulent les kilomètres qui les mènent souvent dans
des directions diamétralement opposées, vers des cliniques, des centres,
des bureaux, des écoles.
Elles traînent une grosse sacoche, remplie de rapports, de
prescriptions, de documentation, de jouets pour patienter, de
craquelins, de monnaie pour les stationnements ou l’autobus.
Elles motivent des absences à l’école et au bureau, elles griffonnent
dans des agendas et des calendriers, jonglant avec le temps pour tout
entrer dans les cases qu’on leur offre. Souvent, elles mettent fin à
leur carrière…
Elles attendent aussi. Beaucoup. Attendent qu’on inscrive leur enfant
sur une liste d’attente. Attendent que le téléphone sonne pour annoncer
qu’une place se libère. Attendent dans des salles d’attente, souvent
beiges, parfois sommairement décorées pour faire « on aime les enfants
ici ». Elles attendent des résultats de prises de sang, de tests
psychologiques et physiques.
Elles attendent un diagnostic. Puis des pistes de solutions.
Elles racontent leur vie de long en large à divers intervenants.
C’est à se demander si elles ne devraient pas tout enregistrer ou mettre
en PowerPoint pour résumer les tenants et aboutissants qui motivent
leurs démarches.
Elles posent des questions. Trop de questions. « Vous demanderez à la personne qui vous contactera pour poursuivre le dossier ».
Elles se font parfois dire que c’est trop compliqué à comprendre.
Qu’elles doivent simplement suivre les indications et que ça ira.
Elles se sentent souvent coupables. « Mais non Madame, ce n’est pas
de votre faute. Mais qu’avez-vous mangé déjà enceinte? Vous sentiez-vous
déprimée? Avez-vous allaité? »
Elles se font souvent dire qu’elles doivent travailler sur elles pour
ainsi influencer positivement l’enfant, la famille, la société.
« Prenez soin de vous, Madame, c’est important. »
« Mais n’oubliez pas le rendez-vous du 18, les prises de sang du 20,
l’évaluation en ergothérapie le 21. Faites les exercices tous les soirs à
18 : 00. Pensez à acheter le tableau de motivation. Fabriquez des
pictogrammes. Téléphonez à l’école. Contactez votre médecin de famille –
Quoi? Vous n’avez pas de médecin de famille? Inscrivez votre enfant à
une activité parascolaire, c’est important. Travaillez son estime
personnelle. Faites comprendre à votre ex que Junior a un handicap.
Achetez des tomates bios… Restez calme, votre enfant est une éponge. »
« Les kleenex sont à votre gauche. On se voit le mois prochain. Prenez soin de vous! »
Les mères d’enfants différents sont, par la force des choses, des mères différentes.
Elles pleurent plus souvent dans les stationnements. Elles analysent
des détails de la journée à s’en étourdir comme ça ne se peut pas.
Elles parlent un langage méconnu. Peuplé de termes généralement
utilisés par les psys, les docs et tous les autres diplômés en santé et
en relation d’aide.
Elles tentent d’expliquer ces termes à leur conjoint, à leur famille.
Fréquemment, elles se butent à un mur d’incompréhension. « Yé pas
malade, yé paresseux. » « Arrête de t’inquiéter, ça va passer tout seul
avec le temps ». « Tu le gâtes trop! »
Les mères différentes ne veulent pas qu’on les plaigne.
Elles ne se voient pas comme des Mères Courage.
Pour faire preuve de courage, il faut avoir le choix de se défiler…
Une mère, ça ne veut pas se défiler…
Appelez-les Mères Espoir…
Ca m'acheve ce texte , une chance que je suis toute seule a la maison ....
RépondreSupprimerL ♥
Je l'avais déjà lu... ça me touche chaque fois!
RépondreSupprimerJe viens de lire, j'ai des gros frissons, je m'y reconnais. Merci pour ce post.
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