On parle souvent de deuil. Le deuil de l'enfant parfait, le deuil de l'enfant que l'on pensait avoir mais que nous n'avons pas eut. On associe généralement le deuil à la mort. Pourtant nos enfants à nous ne sont pas morts. Ils sont bel et bien vivants...et parfois trop même!
Zak était le petit garçon que je désirais. Enceinte de lui, j'ai passé 9 mois à lui parler, lui dire oh combien j'allais l'aimer, le protéger et surtout l'accepter tel qu'il est. Ma fille je l'aime telle qu'elle est non?! Mon fils c'est la même chose. Je n'ai pas le sentiment de devoir faire le deuil du petit garçon que je n'aurai jamais. Parce que pour moi, pour papa, il est là, ce petit garçon tant désiré. Il est ce qu'il est.
Comment savoir pendant la grossesse que sa vie serait ainsi? Il n'y avait pas moyen. Donc le petit garçon devant moi est ce que je désirais... Ce n'est donc pas le deuil du petit garçon que nous faisons, mais plutôt le deuil de nos propres rêves, nos propres réalisations que nous espérions qu'il fasse. Comme si ce que nous n'avions pas réussit dans nos vies, que lui il soit capable. Le deuil de nos rêves au travers lui. Ne souhaitons nous pas tous, en tant que parent, un avenir des plus fructueux tant au niveau carrière que personnel, tant au niveau santé que monétaire pour chacun de nos enfants? Puis pourtant, la majorité ne seront pas docteur, joueur de hockey, avocat, super riches et toujours en santé...
Zak est comme il est. Un petit garçon de presque 4 ans qui vit sa vie jour après jour comme elle se devait d'être. Je ne suis pas en deuil de Zak. Je suis en deuil de la vie qu'il n'aura jamais. La vie que j'aurais souhaité qu'il aille, mais que probablement il n'aurait pas eut parce que ça n'aurait pas été son choix à lui.
Alors quand on parle de deuil, il est important de savoir que ça va bien au delà de la perte d'une personne, car Zak il est loin d'être mort! Il faut savoir que le deuil est bien plus large que cela. En fait la vie est parsemée de petits, moyens et grands deuils. Tout n'est pas que relié à la mort. Le deuil est également un processus qui devrait supposément nous amener à l'acceptation de la situation dont il est question lorsque l'on parle de deuil.
Avec Zak, notre vie est parsemée de petits deuils et par mes exemples vous comprendrez peut-être mieux tout ce que ce petit mot peut englober...
Avec Zak, en ce moment, on a dut:
* dire au revoir aux repas en famille. Ceux où tous les membres sont assis autour de la table à manger un bon repas et jasant de leur journée, partageant des moments privilégiés sur nos vies. Ici, nous le faisons. Nous tentons d'avoir ce genre de repas avec fillette, papa et maman. Zak malheureusement est incapable de rester assis. Préférant de loin lancer sa nourriture, son assiette, sauter sur sa chaise, marcher, tourner autour de la table, aller jouer au sous-sol etc. Et ce n'est pas lui qui va nous jaser cela mettons! Donc petit deuil ''temporaire'' (osons l'espérer) des vrais repas familiaux où TOUS sont présents. Si l'on voit le positif de la chose, nous sommes déjà bien entraînés papa et moi à l'âge où chacun aura son horaire de jeune adulte...
* dire au revoir à une maison bien décorée et surtout où la peinture est intacte. Ici les murs sont décorés de velcro pour les bandes horaires à coco, de signes '' ne pas '' (gros cercle rouge avec une barre au milieu pour interdire quelque chose), les murs sont souvent poqués de tout ce que la matraque lance lorsqu'en colère. Le sol est recouvert de petites voitures toutes alignées et qu'il ne faut surtout pas déplacées.
* dire au revoir aux soupers chez des amis et familles. Tout simplement parce que coco déplace énormément d'air et que nous voulons pas que leur demeure devienne comme la notre. Bon j'entends déjà les gens dire de mieux l'élever, mais je vais m'abstenir de commentaire...
* nous avons le deuil à faire de ne pas pouvoir le comprendre, le deuil de ne pas être capable de le décoder comme un bon parent devrait savoir le faire.
* le deuil de ne pas pouvoir prendre des décisions sur un coup de tête. Comme par exemple partir en voyage, faire une sortie, manger dans tel ou tel resto etc.
* le deuil d'une carrière
* le deuil du parent que l'on aurait pu être...
* etc, etc...
J'imagine que vous voyez où je veux en venir....
Non nous ne faisons pas le deuil de notre enfant, car il est bel et bien en vie. Nous faisons plutôt de multiples petits deuils sur tout ce qu'il ne peut faire, que nous ne pouvons plus faire, que nous ne pourrons plus faire. Le deuil qu'il ne pourra pas être ce que LUI veut être faute de capacités. Le deuil de l'enfant parfait je n'y crois pas personnellement parce que l'enfant parfait n'existe pas... Avoir un enfant pas ''comme les autres'' c'est devoir faire une multitudes de petits au revoir temporaires et permanents. Ce n'est pas un Adieu à notre enfant puisqu'il est là, mais plutôt sur les '' ce que nous aurions pu avoir, faire, obtenir etc...'' et qui finalement n'arriveront peut-être jamais. C'est plutôt en quelque sorte le deuil de NOTRE vie et non pas celle de notre enfant...
En me relisant j'ai l'air toute sereine, pleine de sagesse face à tout cela...Faux. Si je prétends ne pas être en deuil de mon fils mais plutôt d'une panoplie de petites choses de ma vie, je suis loin de l'acceptation qui est une des étapes du deuil. En fait, je ne l'accepterai jamais, mais je vivrai avec. Parce que à prime à bord, lorsque j'étais enceinte j'espérais un petit garçon bien vivant et pour lequel je donnerais ma vie. Et je l'ai eut. Ce que je n'ai pas eut, c'est tout ce que me donne ma fille. Je vis ma vie de maman autrement avec Zak, avec beaucoup trop de barrières. Je tente de bâtir une relation, un amour privilégié avec lui. Une relation hors du commun mais tout aussi forte qu'avec ma mini Lyli. Mais il est difficile de pénétrer dans son monde... C'est cela qui, je crois, me fait le plus souffrir et non pas qu'il n'est pas ''comme les autres''...Mon deuil à moi est surtout sur ce que je n'aurai jamais avec lui mais que j'ai avec ma fillette d'amour...
Et mon boulot à moi est d'apprendre l'enfant qu'il est et non pas celui qu'il aurait pu être...